La FMM communique

Mardi, 8 Mai, 2018

Une première dans l'histoire toute récente de la Force multinationale mixte (FMM) de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), le général de division Lucky Leo Irabor, Commandant de la FMM, a animé le mercredi 25 avril, une conférence de presse, à l’hôtel Radisson Blu de N’Djamena.

Entouré, pour la circonstance, du Directeur de l’Administration et des Finances de la CBLT, représentant le Secrétaire Exécutif de la CBLT, Chef de mission de la FMM et du Chef d’État-major de cette force de près de dix mille hommes – composés des contingents du Cameroun, du Niger, du Nigeria, du Tchad et du Bénin, pour combattre le terrorisme dans le bassin du lac Tchad – le chef militaire a passé en revue les derniers développements intervenus dans le bassin du lac Tchad avant de s’appesantir, d’une part, sur les opérations militaires en cours menée par la FMM pour éradiquer le terrorisme de l’ensemble du bassin; et d’autre part, de répondre sans ambages aux questions de la presse et d’un parterre fleuri de partenaires stratégiques.

D’entrée de jeu, le « Force Commander », revêtu de sa tenue de combat gris-vert, a assuré que cette première sortie face à la presse n'est qu'un premier contact. Elle témoigne de la volonté de transparence de cette Force multinationale à communiquer avec les médias, et l'opinion publique d'une manière générale. Un besoin de communication d’autant plus ressenti que cette force voulue et entretenue par les pays membres de la CBLT – qui a reçu la caution du Conseil de sécurité des Nations Unies et du Conseil Paix et sécurité de l’Union Africaine – a aujourd’hui atteint sa vitesse de croisière, qu’elle est entrain de marquer des points sur le théâtre des opérations militaires et sécuritaires, et qu'elle a considérablement réduit les capacités de nuisance du groupe terroriste qui, de l’avis du commandant en chef de la FMM, « n’est plus en mesure de combattre » et « bat en retraite sur tous les fronts ». Prudent, le général a tôt fait d’ajouter qu’il faut savoir raison garder, car la nébuleuse terroriste constitue toujours une menace réelle pour les pays de la région, dans la mesure où elle conserve encore des capacités de nuisances, comme en témoignent les attentats-suicides récurrents dans les différents pays de la CBLT.

Ainsi, dans une présentation détaillée, le chef militaire a rappelé les raisons ayant conduit les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la CBLT à mutualiser leurs efforts afin de ramener la paix et la sécurité dangereusement menacés par les agissements de ce groupe sans foi, ni loi. Il s’est ensuite appesanti sur les différentes activités menées par la FMM depuis sa réactivation dont les opérations militaires « Gama Aiki », « Rawan Kada » et la toute dernière « Amni Fakat », en cours actuellement pour libérer les îles isolées du lac Tchad, devenues par la force des choses des sanctuaires de repli pour les terroristes de Boko Haram, traqués de toute part.

Concernant cette dernière opération qui signifie « Ramenons la paix et la sécurité » en Arabe local, le général Irabor a délivré à une assistance toute ouïe un compte rendu détaillé des résultats des combats engagés et qui ont déjà permis le nettoyage de plusieurs iles, l'élimination de 59 terroristes, la capture de 5 autres, la neutralisation de trois kamikazes avant qu’ils ne puissent exploser leurs charges, la destruction d’engins explosifs improvisés (EEI), de motos ainsi que de diverses armes et munitions dont des mortiers de 81 et de 82 mm.

Malgré le nombre de 8 morts et de 75 blessés enregistrés dans les rangs de la FMM au cours des récents affrontements, le chef militaire a déclaré que ses troupes continuent de mener à bien leurs missions avec un moral d’acier, qu’elles sont déterminées à bouter les terroristes hors du bassin, et que les opérations continueront jusqu’à l’atteinte de tous les objectifs planifiés.

Il a aussi précisé que cette opération d’envergure se déroule en coordination avec tous les secteurs de la FMM dans les différents pays membres, et ce, de concert avec les forces armées nationales.

Pour le commandant de la force, la guerre contre le terrorisme étant une guerre asymétrique qui n’épargne aucun domaine tel que le sécuritaire, l’humanitaire, l’idéologie ou l’environnement…, la FMM a donc tout naturellement changé d’épaule au fusil, afin de prendre en compte ces différents paramètres. C’est ainsi qu’en sus du volet strictement opérationnel et militaire et de la phase de stabilisation qui s’annonce, la FMM continue aussi de mener des activités de plaidoyer et de sensibilisation du public, dans le but évident de contrer l’idéologie extrémiste de Boko Haram avec des récits alternatifs constructifs.
Aussi, et en sus de la création d’un site Web et de la diffusion de dépliants et de bannières démontant les mensonges et les messages de haine de Boko Haram, elle est passé depuis quelques semaines à une offensive de communication tous azimuts, avec la diffusion sur les principales chaînes de télévision des pays membres de la CBLT, et dans les principales langues parlées dans le bassin, de véritables campagnes de communication stratégiques.

Consciente de ses rôles et de ses responsabilités, dans une région vulnérable où ce sont l’ignorance, la pauvreté, l’injustice ou le désespoir qui conduisent de nombreux jeunes dans les bras des groupes extrémistes comme Boko Haram, le stratège militaire a affirmé que ses forces ne font pas seulement dans le tout sécuritaire. Il a également mentionné des projets ou des activités humanitaires dans lesquelles les militaires s’adonnent comme la distribution de médicaments, de vivres ou de kits scolaires aux familles endeuillées, déplacées ou réfugiées du fait du conflit.

Le général a toutefois rassuré que la devise de la FMM étant « Paix et sécurité pour l’humanité », celle-ci est déterminée à poursuivre son engagement selon les règles, les règlements et les normes internationales des droits de l'homme, et à assurer une protection complète des civils dans tous les domaines d'opérations et à respecter strictement les règles internationales en la matière. « J’ai ordonné aux troupes de mener cette opération de manière professionnelle et dans le respect strict des droits de l’homme et surtout de la femme ! » a précisé le général qui caresse l’espoir d’ériger la FMM en un modèle unique dans les opérations de paix et de sécurité.

Il a d’ailleurs souligné l’importance qu’il y a à faire en sorte que ces opérations militaires aillent de pair avec la stratégie d’ensemble de la stabilisation régionale post-conflit en cours d’élaboration. Tout en remerciant les partenaires stratégiques internationaux pour leur inestimable soutien, ce qui, pointe-t-il, a permis de disposer des capacités nécessaires en termes de mobilité terrestre, avec des véhicules appropriés, de moyens aériens, d'équipement de communication et de surveillance aérienne, de navigation, d’action anti-mine, ainsi que de personnel médical spécialisé, Lucky Irabor a estimé indispensable d’intensifier l’appui à la FMM pour lui permettre de jouer le rôle qui lui revient dans la stabilisation totale du bassin du lac Tchad. Car, a-t-il ajouté, en plus des opérations militaires et sécuritaires indispensables contre Boko Haram et d'autres groupes terroristes, des efforts de développement soutenus sur le plan national, régional et international doivent aussi être déployés afin d’améliorer les moyens de subsistance des populations, nourrir, soigner et éduquer les enfants, former et fournir des perspectives d’emplois aux jeunes, ainsi que d’assurer les droits de l'homme, y compris ceux des femmes et des jeunes filles, afin de lutter contre l'aliénation et la marginalisation, autant de terreaux fertiles pour le terrorisme et l'extrémisme violent.

Le Force Commander a indiqué que les portes de son institution demeurent grandement ouvertes pour tous ceux qui, notamment les organisations médiatiques ou les partenaires stratégiques, ont soif d’informations sur les activités de la FMM avant de déclarer qu’il reste perméable à toute idée ou suggestion susceptible d’améliorer le travail de la FMM et par conséquent de faciliter le retour de la paix, de la sécurité et de la stabilité.

En conclusion, il a tenu à remercier les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la CBLT pour les énormes sacrifices consentis pour ramener la paix, la sécurité et la stabilité dans le Bassin du Lac Tchad et les populations, notamment celles du bassin durement éprouvées par cette épreuve, avant de rendre un vibrant hommage aux vaillants soldats qui ont consenti le sacrifice suprême, et présenté, une fois encore, ses sincères condoléances à leurs familles et à leurs pays respectifs d'origine.

Il convient de rappeler que le processus de réactivation et d’opérationnalisation de la FMM remonte au printemps 2012, avec l’aggravation de la situation sécuritaire régionale du fait des exactions du groupe terroriste Boko Haram.

A l’issue d’une réunion organisée en mars 2014, à Yaoundé, au Cameroun, les ministres de la Défense et les chefs d’état-major des pays de la CBLT entérinent le principe d’une force de plus de 8 000 hommes dont le mandat est de « créer un environnement sûr et sécurisé dans les régions affectées par les activités de Boko Haram et d'autres groupes terroristes, afin de réduire considérablement la violence contre les civils et d’autres exactions, y compris la violence sexuelle et sexiste, conformément au droit international, notamment le droit international humanitaire et la Politique de diligence voulue des Nations unies en matière de droits de l’homme ».

En octobre de la même année, devant l’intensification des attaques du groupe terroriste à l’échelle de tous les pays riverains du lac Tchad, les Chefs d’Etat des pays de la CBLT et du Bénin, se réunissent d’urgence à Niamey, au Niger, pour discuter des modalités de déploiement de la Force multinationale mixte.

Après la décision du Conseil Paix et sécurité de l’Union Africaine (UA), prise en mars 2015, à Addis-Abeba en Éthiopie, d’autoriser le déploiement de la FMM et l’approbation de son Concept d’opération stratégique (CONOPS), la FMM, dirigée au niveau stratégique par la CBLT en étroite collaboration avec l’Uninion Africaine, et au niveau opérationnel par un commandement dont le quartier général est basé à N’Djamena, au Tchad, dispose désormais de la légalité et de la légitimité internationales pour éradiquer durablement la menace Boko Haram et toutes les formes de terrorisme dans le bassin du lac Tchad.