La réhabilitation, la réintégration et la réinsertion des personnes affectées par Boko Haram en marche

Mercredi, 18 Avril, 2018

Faisant suite à la Conférence régionale de stabilisation des zones touchées par la crise de Boko Haram de novembre 2017, un atelier sur « la recherche d’une stratégie régionale pour le profilage, les poursuites, la réhabilitation et la réinsertion des personnes associées à Boko Haram dans les pays du bassin du lac Tchad » s’est ouvert, le mardi 10 avril 2018, à l’hôtel Radisson Blu de N’Djamena. Organisée conjointement par la Commission du bassin du lac Tchad et l’Union Africaine, auxquels se sont joint d’autres partenaires comme le Programme des nations unies pour le développement (PNUD), l’Organisation internationale des migrations (OIM), la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme (CTED) et l’office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la rencontre visait à permettre aux participants de développer une compréhension commune de l’approche de mise en œuvre de la stratégie de stabilisation régionale.

Quatre jours durant, à travers le partage d’expériences, les enseignements tirés et les bonnes pratiques dans la mise en œuvre de processus de DDR dans divers contextes, les représentants des pays membres de la CBLT (Cameroun, Niger, Nigeria, Tchad, RCA et Libye) mais aussi d’autres régions du monde telles que la Colombie, l’Ouganda ou la Somalie ainsi que les experts du systèmes des Nations Unies et d’autres organismes internationaux, ont échangé sur les voies et moyens d’identifier les critères communs et les processus d’identification et de mise en œuvre de la coopération régionale pour le rapatriement, la réhabilitation et la réintégration de personnes associées ou affectées par la crise Boko Haram.

Les discussions ont notamment porté sur le rappel de la situation actuelle du bassin du lac Tchad, le cadre international pertinent de lutte contre le terrorisme y compris les normes internationales de droits de l’homme et du droit humanitaire, le profilage, les investigations et les poursuites des infractions terroristes, la réhabilitation, la réinsertion, la gestion des cas et l’élaboration d’une feuille de route, etc.

C’est la Secrétaire aux Affaires étrangères, à l’intégration africaine et à la coopération internationale du Tchad, madame Kade Ndilguem Elisabeth, par ailleurs Présidente d’honneur de la rencontre, qui a présidé la cérémonie d’ouverture, en présence notamment du Secrétaire exécutif de la CBLT, l’ambassadeur Mamman Nuhu et de la Représentante spéciale du Président de la Commission de l’Union Africaine et Cheffe du Bureau de liaison de l’Union africaine à N’Djamena, madame Zaina Nyiramatama, ainsi que le Commandant en chef de la Force multinationale mixte des pays membres de la CBLT et du Bénin, le général Leo Irabor.

Prenant la parole le premier, le Secrétaire Exécutif de la CBLT a tenu à saluer et à remercier les participants d’avoir accepté de prendre part à cet atelier, avant de préciser que ce dernier s’inscrit parfaitement dans le cadre des recommandations issues de la réunion des ministres de la défense des pays membres de la CBLT et du Benin, tenue à Abuja, en février 2017. Laquelle reconnaît la nécessité de mettre en place des stratégies durables pour la gestion des périodes post-conflits en liant l’amélioration de la situation sécuritaire et militaire avec le développement inclusif à long terme. Sur cette démarche de s’attaquer concomitamment aux causes directes et aux causes sous-jacentes du conflit, l’ambassadeur Maman Nuhu a relevé que Conseil de sécurité des Nations Unies, Conseil Paix et sécurité de l’Union Africaine et les pays membres de la CBLT sont aujourd’hui sur la même longueur d’onde.

Il a rappelé que cette rencontre de N’Djamena constitue la seconde des trois rencontres décidées par l’Union Africaine et la CBLT pour disposer d’une stratégie de régionale de stabilisation. « L’objectif global étant de développer une stratégie régionale, en concertation avec toutes les parties prenantes et en conformité avec les normes internationalement admises », a-t-il poursuivi avant de conclure en réitérant le vœu de voir «les résultats de ces travaux alimenter les initiatives de l’Union Africaine et d’autres acteurs aussi bien locaux, nationaux, régionaux ou internationaux à prêter assistance à la CBLT et ses pays membres affectés par Boko Haram vers la stablisation des régions concernées»

Intervenant au nom des organisations du système des Nations Unies, M. Stephen Tull, Représentant résident du PNUD au Tchad et Coordonnateur résident du système des Nations Unies au Tchad, a signifié qu’il ne s’agit pas ici d’une opération de DDR ( Désarmement, Démobilisation et Réintégration) classique, car « si tous les éléments du DDR sont importants, ici, c’est la réintégration des ex-combattants et des ex-associés de Boko Haram qui importe le plus. Le diplomate onusien a ajouté que « la réintégration est la lumière au bout du tunnel qui devrait éclairer le reste du processus ». Et qu’au bout du compte, ce qui importe davantage pour les individus, les familles ou les communautés touchés, c’est de retrouver une vie normale, de se réintégrer dans la communauté et de se réinsérer dans le tissu civil, légal et économique, avec de réelles chances d’opportunités. Pour le coordonnateur résident du système des Nations Unies au Tchad, c’est là une condition essentielle pour les éloigner des chants de sirène de Boko Haram mais aussi une étape indispensable pour une meilleure stabilisation et pour ouvroir la voie de l’espoir et de la prospérité.

Dans son discours, la Représentante spéciale du Président de la Commission de l’Union Africaine a retracé la genèse des évènements depuis l’avènement du groupe terroriste Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, avant de souligner que l’élaboration d’une stratégie de stabilisation régionale participe des efforts déployés par son organisation pour « lutter et éradiquer le terrorisme non seulement à l’échelle du bassin du lac Tchad mais aussi et surtout à travers l’ensemble du continent africain ».
C’est pour cette raison, a-t-elle indiqué, que la Force multinationale mixte des pays membres de la CBLT et du Benin a reçu la caution du Conseil de sécurité des Nations Unies et du Conseil paix et de sécurité de l’Union africaine pour éradiquer non seulement cette nébuleuse terroriste semant la mort et la désolation dans cette partie du monde mais aussi pour contribuer aux conditions favorables pour la paix, la sécurité, la démocratie et le développement durable inclusif.

Cet atelier d’échange, a-t-elle affirmé, n’est que le début de la transformation en actes des recommandations issues de la conférence régionale sur la stabilisation et qui, entre autres, ordonnent l’harmonisation des efforts entre pays membres au sujet du processus de rapatriation, de réhabilitation et d’intégration des personnes associées avec Boko Haram. L’ambassadrice Zaina Nyiramatama a toutefois noté que si la tâche est énorme et pressante, elle est pour une stabilisation à long terme.

Prononçant l’allocution d’ouverture, la présidente d’honneur de l’atelier, la secrétaire aux Affaires étrangères, à l’intégration africaine et à la coopération internationale du Tchad a affirmé que cette rencontre tombe à point nommé car « l’espoir suscité par la conférence régionale sur la stabilisation au sein des populations, martyrisées des années durant par les actes de violence et de cruauté du groupe terroriste Boko Haram, justifiait que se déclenchent au plus vite les étapes suivantes définies dans le document final ayant sanctionné ces premières assises…. »
Madame Kade ndilguem Elisabeth a poursuivi que son pays, le Tchad, à l’instar des autres pays membres de la CBLT, fait face au retour croissant des personnes associées, à divers titres, à Boko Haram, du fait notamment des cuisants revers militaires infligés à ce groupe terroristes par les opérations terrains de la FMM. Alors que pendant cette même période, tous les pays sont confrontés à d’énormes difficultés résultant de la conjecture économique.
« Il convient donc de s’enrichir mutuellement de ces expériences nationales pour parvenir à des propositions réalistes et pratiques de mécanismes de gestion commune et coordonnée de ces milliers d’illusionnés qui se rendent aux autorités des pays concernés par cette crise » a conclu la Présidente d’honneur en réitérant la détermination des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la CBLT de mener cette guerre asymétrique contre Boko Haram non seulement sur le volet militaire, sécuritaire et humanitaire mais aussi sur le plan de l’amélioration de la résilience des populations et pour un développement durable.

Avec plus de 27 000 morts, 2,4 millions de déplacés (internes ou externes), 7 millions d’autres en insécurité alimentaire totale, la destruction totale ou la dégradation des infrastructures sociales ou économiques tels que les écoles, les centres de santé ou les marchés, la crise de Boko haram dans le bassin du lac Tchad constitue l’une des pires tragédies de ce 21ème siècle.

Au-delà de ce phénomène conjoncturel, il importe de s’attaquer résolument et irrémédiablement à des défis beaucoup plus structurels et complexes tels que la pauvreté, la démographie galopante, la sécheresse, la raréfaction des ressources et par conséquent la pression et les conflits autour de ces dernières. De l’avis de tous, c’est la condition essentielle pour assurer une paix, une stabilité et un développement durable dans la région.