Validation de la Stratégie régionale de stabilisation des zones du bassin du lac Tchad affectées par les activités de Boko Haram

Mardi, 4 Septembre, 2018

Pour en finir définitivement avec les conséquences de la crise Boko Haram et s’attaquer aux causes profondes qui restent le sous-développement, la pauvreté, la fragilité de la gouvernance et le changement climatique, les pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), en collaboration avec la Commission de l’Union africaine (CUA), avec l’appui financier et technique de le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et bien d’autres partenaires techniques et financiers, se sont dotés d’une stratégie régionale de stabilisation, de redressement et de résilience des zones affectées par la crise, dont la conférence de validation vient de s’achever dans la capitale fédérale nigériane…

Abuja, 30 août 2018 – Les pays membres de la CBLT disposent désormais de leur stratégie régionale de stabilisation, de redressement et de résilience des zones du bassin du lac Tchad affectées par la crise Boko Haram ainsi que de son Plan d’action. C’est le sens de la réunion des experts des pays membres, puis de la Conférence ministérielle de validation de cette stratégie tenues du 27 au 30 août, à Abuja, en République fédérale du Nigeria, en présence de toutes les parties prenantes.

Conçue comme une reponse collective et globale aux graves préoccupations sur les exactions de plus en plus ignobles et abominables du groupe terroriste Boko Haram, dans la région du lac Tchad, avec notamment des déplacements de personnes, de refugiés, de destructions de vies et de biens, de violations des droits humains et l’affaiblissement des institutions et de l’Etat de droit, cette strategie, qui s’inscrit dans la droite ligne de la résolution 2349 du Conseil de securité des Nations Unies, vise à faciliter la transition entre un engagement militaire actif et la lutte contre les causes profondes de la crise et la rationalisation des différentes initiatives de stabilisation des zones touchées par Boko Haram. En se basant sur une approche inclusive, participative, transparente, responsable et fondée sur les droits, cette stratégie pose ainsi les jalons pour une paix et un développement durables dans cette région carrefour, aujourd’hui à la croisée des défis multidimensionnels complexes. En outre, et au-delà de la lutte contre la menace posée par Boko Haram, elle s’attaque à des questions plus larges concernant la protection des civils, la clarification des rôles et des responsabilités des parties prenantes, l’exploration et la promotion des outils pertinents pour relever les principaux défis, tels que le changement climatique, la promotion de la bonne gouvernance, la transparence et la reddition des comptes aussi bien dans le domaine politique que socioéconomique. Last but not least, elle fournit les orientations nécessaires au développement d’outils applicables aux niveaux national et régionale, et facilite la mobilisation des ressources. 

Dans l’allocution de bienvenue qu’il a prononcée à cette occasion, le secrétaire exécutif de la CBLT, Chef de mission de la Force multinationale des pays membres de la CBLT a affirmé que cette stratégie « identifie trois différentes mais interdépendantes crises concourant au même objectif : un persistent déficit structurel de développement, une rupture dans le contrat social – qui se manifeste par l’anarchie et une insurrection extrémiste violente – et une catastrophe environnementale sans précédent, requerrant plus d’attention et de ressources afin d’en réduire les impacts sur les communautés en les aidant à absorber les chocs et à s’adapter… ».
L’ambassadeur Mamman Nuhu a notamment rappelé que « l’assèchement du lac Tchad et la perte conséquente des moyens d’existence pour des millions de producteurs qui en dépendent pour leur survie quotidienne d’une part, et la crise humanitaire découlant des exactions du groupe terroriste Boko Haram, d’autre part, ont créees d’immenses défis pour les pays affectés en particulier et la communauté internationale en général… ».

Procédant à l’ouverture de la session extraordinaire du Conseil des ministres des pays membres de la CBLT, uniquement consacrée à la validation de cette stratégie, le ministre des ressources en eau de la République Fédérale du Nigeria, par ailleurs président en exercice du Conseil des ministres des pays membres de la CBLT a affirmé qu’avec « le retour progressif de la paix dans la région et afin d’assurer la coordination et l'harmonisation de l’aide, dans un but évident de concilier des opérations militaires réussies et les interventions civiles de plus en plus croissantes, le besoin d'une approche régionale stratégique holistique dans la région du lac Tchad s’est avéré crucial pour mettre en exergue le mandat de la CBLT et de la FMM… ». L’ingénieur Suleiman Hussein Adamou a notamment rappelé que c’est « dans cette optique que la Commission du bassin du lac Tchad et la Force multinationale mixte, de concert avec l’Union Africaine ont développé une feuille de route pour l’élaboration d’une approche commune de stabilisation par tous les pays membres affectés par la crise Boko Haram, y compris les capacités d'institutions gouvernementales pour soutenir un programme de stabilisation et le rôle d'acteurs internationaux en appui à ce programme regional de stabilisation ».

Dans le message de bonne volonté qu’il a adressé, le Représentant du Président de la Commission de l’Union Africaine et Haut Représentant du Président de la Commission de l’Union africaine au Mali et au Sahel, Pierre Buyoya, a pour sa part, « déclaré que l’adhésion politique des pays du BLT est d’une importance capitale pour le succès global de la stratégie. Malgré cela, le soutien des agences multilatérales et des partenaires internationaux ne peut être suffisamment mis en exergue ». L’ancien président du Burundi a ainsi réitéré, « que la mise en oeuvre de la stratégie nécessite un investissement massif de ressources de la part des pays du BLT, de l’UA et des partenaires internationaux. Je suis particulièrement heureux que, dans un contexte général de responsabilité mutuelle, la stratégie donne la priorité à la responsabilité en matière de résultats, ce qui permet aux gouvernements nationaux, à la CBLT avec l’appui de la CUA de suivre les progrès de la mise en oeuvre de la stratégie ».

Il a poursuivi que le succès de la mise en œuvre de la stratégie dépendra dans une très large mesure de la sensibilisation et des mesures prises pour l’intégrer dans les programmes de développement nationaux des pays du bassin du lac Tchad avant d’affirmer que l'UA encourage les gouvernements nationaux à intégrer cette stratégie dans leurs programmes nationaux de développement, car cela garantirait et consoliderait les principes d'appropriation nationale et de leadership.

Il a aussi et surtout réitéré l’engagement de l’Union Africaine à accompagner non seulement la mise en œuvre de cette stratégie mais aussi les pays membres de la CBLT dans leurs efforts à placer leur région sur les voies du développement durable. « Je suis convaincu que la mise en oeuvre de la stratégie aura des impacts politiques, géopolitiques et de développement importants dans la région touchée et autour de la région du Sahel dans son ensemble. Il s’agit là d’un outil formidable, conçu pour répondre de manière robuste et durable aux principaux défis auxquels la région du bassin du lac Tchad fait face, tels que le changement climatique et la dégradation de l’environnement. Je tiens également à saluer vos efforts pour assurer la revitalisation du lac Tchad à travers l’initiative de transfert d’eau interbassins. L'UA reste disposée à accompagner cette initiative louable qui contribuera à rétablir les moyens de subsistance dans les zones autour du bassin du lac Tchad. La stratégie constituera une base solide pour la promotion de la bonne gouvernance, de la transparence et de la reddition des comptes dans les pays du Bassin du Lac Tchad… ».

Dans son allocution prononcée lors de la cérémonie d’ouverture de la réunion, Monsieur Edward Kallon, Représentant resident du système des Nations Unies, Coordonnateur humanitaire et Représentant résident du PNUD au Nigeria, a réaffirmé que “le PNUD et toutes les organisations du système des Nations Unies demeurent engagés à soutenir les pays du bassin du lac Tchad et leurs partenaires pour assurer une inclusive, durable et transparente mise en œuvre de la stratégie régionale de stabilisation et accompagner la région du lac Tchad sur la voie du développement durable.
Selon le diplomate onusien, son organization travaille étroitement avec les gouvernements des pays membres de la CBLT dans leurs efforts humanitaires et de redressement en répondant aux besoins des populations affectées, car l’adoption de cette stratégie correspond point par point à la 2349 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui, entre autres, intiment aux organisations régionales de développer des stratégies cohérentes, à même de répondre aux causes sous-jaccentes des crises qui conduisent à l’avènement des groupes terroristes comme Boko Haram. Kallon a également insisté sur le besoin de des efforts pour la mobilisation des ressources nécessaires à la mise en œuvre de cette stratégie : « la tâche qui nous incombe maintenant est d’aller de l’avant et de mobiliser les ressources indispensables à la mise en oeuvre de cette stratégie. », a-t-il indiqué.

Comme pour lui répondre, les différents partenaires de la CBLT et de ses Etats membres dans ce secteur, notamment les Nations Unies, l’Union européenne et l’Allemagne – lequel a entièrement assuré la prise en charge de cette conférence – ont pris la parole, tour à tour,  les uns, pour « saluer le fort leadership et la détermination totale dont ont fait montre les pays membres du bassin du lac Tchad dans la recherche de solutions à la crise Boko Haram», les autres pour « réiterer leur indéfectible soutien » et « manifester leur bonne volonté pour accompagner la mise en œuvre de cette stratégie ».

Déclinée en neuf piliers fondamentaux et 41 articles stratégiques, cette stratégie qui vient d’être ainsi adoptée permettra ainsi de répondre aux besoins à court, moyen et long terme de la région en vue de la stabilisation, de la résilience et du redressement des zones concernées, en impliquant les communuautés locales dans la mise en œuvre des initiatives de développement pour des impératifs évidents d’appropriation et de pertinence.

Ce résultat est le fruit d’un long processus qui, plusieurs mois durant, à travers des conférences, des ateliers techniques, des visites terrain ou des rencontres bilatérales, ont regroupés experts de la CBLT, de la FMM et l’Union Africaine, représentants des organisations internationales et des communautés économiques régionales, des organisations de la société civile, des universitaires, des chefs religieux et des partenaires bilatéraux, etc.

Comme souligné plus haut, cette stratégie de stabilisation, pour atteindre ses objectifs, requiert toutefois d’importantes ressources humaines, financières, matérielles et instutionnelles. La balle est ainsi lancée dans le camp des Etats membres de la CBLT ainsi que de leurs partenaires internationaux pour gommer définitivement l’image hideuse de la nébuleuse Boko Haram du bassin du lac Tchad et redonner à cette source et cette ressource ses fastes d’antan...