Histoire du Bassin du Lac Tchad

Histoire de la géopolitique du Bassin du Lac Tchad

L’histoire du lac Tchad est étroitement liée à la gestion de ses ressources naturelles (hydriques, halieutiques…) et cette histoire est parsemée d’éléments qui rendent compte de son originalité. A l’époque des grands empires (Kanem-Bornou, Baguirmi, Waddai, Mandara, Sokoto…) le bassin du lac Tchad était un centre important d’échanges entre l’Afrique Centrale et l’Afrique du Nord.

Le début des explorations européennes marqua une étape importante dans cette histoire. Ces explorations britanniques, françaises et allemandes attirèrent la convoitise étrangère sur le lac. Mais face à Rabah qui y avait bâti un empire, la chose s’avéra plus difficile que prévue. Dans cette logique, une coalition européenne se mit en place. Une fois Rabah neutralisé, les puissances européennes procédèrent au partage du bassin du Lac Tchad. Ainsi, le lac fut-il ouvert à la navigation et se transforma en espace international avec trois (3) sphères d’influences (britannique, française et allemande). Mais au terme de la première Guerre Mondiale (1914-1918), la France et la Grande-Bretagne vainqueurs de l’Allemagne se divisèrent son espace en deux (2), et s’attelèrent à y impulser une certaine dynamique de développement de type colonial.

Une fois l’indépendance acquise par les Etats africains du bassin dans les années 60 (Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad), ils mirent sur pied la CBLT en 1964. Ce fut l’amorce d’un autre chapitre de l’histoire du bassin tchadien et de la gestion des ressources naturelles du lac Tchad.  

Histoire de la dynamique physique du Lac Tchad

Durant les périodes postglaciaires, les conditions climatiques du Sahara étaient beaucoup plus clémentes que celles de nos jours. Le désert réel n’avait pas la proportion actuelle ;  il était beaucoup plus restreint.

Selon les historiens, le Sahara était en majeure partie couvert d'une végétation boisée de type méditerranéen, particulièrement dans les massifs centraux avec autour d'eux de nombreux lacs et des prairies sèches. Cet état de lieux était plus favorable pour  une faune abondante en gibier de tout genre.

Suivant les alternances des phases humides et sèches, le Lac Tchad pouvait s'étendre ou se rétracter, mais à partir de 4000 av. J.-C. jusqu'à nos jours, la baisse des eaux se fait à une vitesse  rapide, correspondant à l'installation de l'aridité et à l'avancée du désert avec plusieurs origines.

Les variations du Lac Tchad, en images ci-après, témoignent de nombreux changements dont les grandes dates marquantes sont les suivantes :

  • 50 000 av. J.-C, le lac couvrait 2 millions de kilomètres carrés ;
  • 20 000 av. J.-C, il disparut complètement à cause de l'aridité des tropiques consécutive à l'apogée de la glaciation ;
  • 9500 av. J.- C, le lac grossi par les pluies qui tombaient en abondance sur le massif du Tibesti, il a une profondeur de 15 m, avant de revenir à peu près à la situation de 9000 av. J.-C. ;
  • 7000 av. J.-C, il a une profondeur de 38 m, avant de revenir à peu près à la situation actuelle vers 5500 av. J.-C. ;
  • 4000 av. J.-C, il a une profondeur de 65 m, et finit par couvrir une superficie de plus d'un million de kilomètres carrés, soit plusieurs centaines de fois sa superficie actuelle, avant de revenir à peu près à la situation actuelle vers 2000 av. J.-C. ;
  • 2000 av. J.-C., le lac était alors une véritable mer intérieure de l'Afrique centrale, qui a été asséchée et dont le bassin s'est rempli de sable ;
  • 1000 av. J.-C, il a une profondeur de 17 m, avant de redescendre à la situation actuelle ;
  • 1908, le lac n'était plus qu'un marécage avec deux petits bassins au nord et au sud, puis son niveau augmente ;
  • 1963 le lac couvre, selon les sources, de 22 903 à 25 000 Km2 ;
  • 2001 sa superficie descend à 4 000 Km2 ;
  • 2008, ses dimensions sont de 30 Km sur 40 Km à l'embouchure du fleuve Chari - (Logone) pour une superficie de 2 500 Km2. Le lac Tchad couvre moins de 10 % de la surface qu'il occupait dans les années 1960.

Montage MEC : Les images couvrent la période de 1963-2007, soit 44 années

Cette situation s’est aggravée par : (i) des pluies de plus en plus rares ; (ii) des sécheresses dramatiques (1973, 1984, 2008) et ; (iii) des actions anthropiques (déboisement, etc.).

Paradoxalement, alors que le lac est en voie de disparition, ses riverains semblent s'opposer à sa remise en eau. Nous faisons ici référence au projet phare de la CBLT, concernant le Projet de Transfert des Eaux InterBassins (PTEIB). Ce qui peut trouver son explication par le faite que l'assèchement a mis à nu des terres fertiles dont ils pourraient tirer de bons revenus.

L’histoire Institutionnelle de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) a commencé avec les quatre (4) pays limitrophes (Tchad, Cameroun, Niger et Nigeria), au moment où le Bassin Conventionnel était de 430 000 Km2. Il a été étendu à 970 000 Km² avec l’adhésion de la République Centrafricaine comme cinquième pays membre en 1994, ainsi que la prise en compte des zones amont des bassins actifs du Chari-Logone et de la Komadougou-Yobé, puis celle de la Libye en 2007.

Le bassin du Lac Tchad apparaît, sur le temps long de l’histoire, comme une zone d’échange privilégiée entre l’Afrique du Nord et l’Afrique centrale. Depuis moins d’un quart de siècle, de nouvelles ressources économiques (agricoles, minières, industrielles, etc.) y créent une nouvelle différenciation de l’espace, une grande mobilité des populations et l’apparition de conflits intercommunautaires en relation avec cette nouvelle dynamique.

Les états du Lac Tchad durant ses évolutions au fils des temps

Après une longue controverse, il a été démontré l’existence d’un Méga-Lac Tchad au quaternaire, mesurant 340.000 Km2 et atteignant 160 m de profondeur, contre seulement 3 m, voire même moins actuellement.

Selon Tilho (année), ces observations du lac ont déterminée différents niveaux :

  • un "grand Lac Tchad" de 25.000 Km2 d’eaux libres, à la cote de 284 m ;
  • un "moyen Lac Tchad", compris entre  15.000 à 20.000 Km2 d’eaux libres, correspondant à la cote de 282 m, organisé en un seul tenant ou divisé en deux bassins, laisse émerger un archipel de 2.000 îles. Le niveau varie de 0,7 m entre la période des hautes eaux (décembre-janvier) et celle des basses eaux (août) ;
  • Enfin, un "petit Lac Tchad", qui se définit à partir d’une cote inférieure à 280 m.

Le bilan hydrologique naturel de ce "moyen Lac Tchad" dépend d’apports qui proviennent essentiellement du système Chari-Logone (82,3%) et des précipitations (14%). Les petits tributaires situés à l’ouest du lac, drainant des parties camerounaises et nigérianes du bassin, ne fournissent que 3,6%. Les pertes viennent de l’évaporation (95,5%) et des infiltrations (4,5%).

Nous ferons observer ici la présence des hauts fonds, dont le plus important est appelé la Grande barrière,  compartimentent le Lac Tchad en plusieurs bassins. Les eaux libres s’étendent sur des superficies variant de 1.500 à 14.000 Km2, leurs périphéries se couvrant de vastes zones marécageuses.

Enfin, le fonctionnement du Lac Tchad adopte un rythme annuel. Le début de la saison des pluies sur le bassin amont (mai-juin) détermine la crue (août-septembre), qui provoque le remplissage du Lac Tchad (octobre-janvier), avant que l’évaporation associée à la fin du flot ne fasse baisser le niveau des eaux. Les apports du système Chari-Logone varient dans de larges proportions, du simple au double et parfois davantage, à l’image de la pluviométrie sahélienne.

Ainsi, les rythmes du Lac Tchad sont éminemment changeants, au gré de facteurs multiples tels que : le calendrier et le volume des précipitations en zone soudanienne et sahélienne ; le niveau de remplissage précédent ; la végétation ; etc. En conclusion, pour quelques dizaines de centimètres d’écart d’une crue à l’autre, ce sont plusieurs dizaines de milliers d’hectares qui sont couverts ou découverts, c’est la rive qui s’éloigne de plusieurs kilomètres, les îles qui sont inondées.

Le Lac Tchad actuel est un "petit Lac Tchad" ordinaire, comme il en exista plusieurs fois par le passé. Il n’a guère connu de changements majeurs depuis le début de la sécheresse sahélienne des années 70, en dehors de menues fluctuations saisonnières ou interannuelles qui appartiennent à son fonctionnement normal.

Après une baisse de la pluviométrie à partir de 1968, l’année 1973 inaugure de manière spectaculaire un cycle de sécheresse. La très faible crue conduit à l’assèchement du Lac Tchad, dont celui de la totalité de la cuvette nord.

On assiste alors à la germination de semences jusque là enfouies dans les sédiments et à la végétalisation d’une bonne partie de la surface du Lac Tchad, dont les périphéries se couvrent de marécages de papyrus et de graminées à l’allure de roseaux. Le Lac Tchad va alors se diviser en deux (2) ou trois (3) bassins :

  • l’un au nord-ouest, séparé du reste par la Grande barrière, qui empêche la circulation de l’eau pendant les années de faible crue ;
  • les deux (2) autres au sud (en face du delta du Chari) et à l’est (archipel de Bol) ;
  • la partie méridionale connaît les plus faibles variations du niveau et les eaux les plus douces, bénéficiant de l’apport permanent et direct du Chari. La partie nord est fréquemment asséchée et connaît une plus forte salinité.

Depuis 1973, on enregistre peu de changements dans la distribution des eaux libres et des marécages végétalisés.

Depuis 1984, en dehors de deux (2) années particulièrement sèches, les apports du système Chari-Logone restent compris entre 15 et 25 Km3 annuels (Lemoalle, 2003), ce qui garantit la stabilité d’ensemble de l’écosystème au niveau "petit Lac Tchad".

En outre, comme ailleurs au Sahel, on enregistre une légère remontée des précipitations depuis la fin des années 80 et le milieu des années 90 : la période actuelle est moins humide que les décennies 1950-60, mais moins aride que le cœur des sécheresses des années 70-80. Avec les précipitations exceptionnelles de 2012, on s’attend à une modification de la configuration du Lac Tchad aussi minime que soit.

Montage MEC : Les images couvrent la période de 1963-2007, soit 44 années