Écosystème et biodiversité du Bassin du Lac Tchad

"Dense" palm trees forest in Niger (Attari, 2006)
Elephants of the Waza National Park (Fosi & Mahamat, 2005)

Les écosystèmes sont définis comme étant le réseau d’interactions entre les organismes et entre les organismes et leur environnement, indépendamment de leurs tailles. Cependant, un environnement spécifique leur est généralement réservé (bien que selon certains scientifiques la planète entière constitue un écosystème).

La biodiversité est l’ensemble de toutes les espèces de la terre. Elle est constituée des différentes plantes, des animaux et des micros-organismes, de leurs gènes et des écosystèmes terrestres, marins et d'eau douce auxquels ils appartiennent.

La biodiversité est non seulement essentielle pour notre existence mais elle constitue aussi une valeur intrinsèque en soi. En effet, la biodiversité fournit les constituants fondamentaux de nombreux biens et services qui proviennent d’un environnement sain. Ces produits sont essentiels pour notre santé, par exemple l'air pur, l'eau fraîche et les produits alimentaires, ainsi que les nombreuses autres ressources telles que le bois et les fibres.

D'autres services importants fournis par notre biodiversité sont les éléments ludiques, culturels et spirituels qui assurent notre bien-être personnel et social. Le maintien de l’équilibre de notre biodiversité constitue donc une tâche importante pour tous.

Au cours des 40 dernières années, le bassin du Lac Tchad a subi la plus forte baisse de biodiversité jamais enregistrée. Malgré les efforts déployés pour endiguer les menaces et les pressions sur la biodiversité dans le bassin, elle continue de se dégrader.

La végétation et la flore

Le Tableau A présente les types de végétation et quelques-unes des espèces présentes dans les parties camerounaise, nigérienne, nigériane et tchadienne du bassin du Lac Tchad. Toutefois il convient de noter que la terminologie utilisée pour désigner la végétation change d'un pays à l’autre. Par exemple, la notion de forêt diffère selon les différents pays autour du bassin ; (Photo A). Il serait donc nécessaire d'harmoniser la terminologie pour qu’elle se réfère toujours au même type de végétation. En dépit de cette différence, les tableaux suivants récapitulent les principales espèces recensées dans le bassin.

Types de végétation et espèces recensées dans le bassin du Lac Tchad

Types de végétation

Quelques espèces recensées

 Végétation montagneuses

(Mont Mandara)

Boswellia, Combretum, Acacia albida

Savane boisée

Acacia senegal, Acacia seyal, Borassus aethiopum Prosopis sp., Acacia nilotica, A. tortillis, Balanites aegyptiaca, Ziziphus spinachristi, Acacia raddiana, Tamarindus indica, Disopiros mespiliformis, Hypheane thebaica, Adansonia digitata

Steppe arbustive

Acacia spp. Balanites aegyptiaca, Ziziphus spp, Calotropsis procera, Aritida spp, Ipomea, spp, Schoenefeldia gracilis, Cordia sinensis, Cadaba farinosa, Pennisetum purpureum, Anogeissus léocarpus, Piliostigma reticulatum, Hypheeane thebaica, Phoenix dactylifora, Hyperthelia dissoltua, Pentzia monodia, Artemisia thiloana, Ephedra thiloana

Prairie

Echinochloa pyramidis, Hyparrhenia rufa, Oryza longistaminata, Vetvera nigrita, Cenchrus biflorus, Aristida mutabulis, Pergularia tomentosa, Tribulus terrestris, Pennisetum sp.,

Désert (bande de dune)

Acacia radiana, Ziziphus mauritiana, Leptadenia pyrotechnica, Acacia senegalais, Malcolmia aegytiaca

Parcs agro-forestiers

Parkia biglobosa, Prosopis africana, Acacia albida, Tamarindus indica, Hyphaene tebaïca, Borassus aethiopium

« Forêt galeries »

Tamarindus indica, Disopiros mespiliformis, Hypheane thebaica, Adansonia digitata, Stipagrostis pungens, Leptadenia pyrotechnica, Calligonum comsum, Maerua crassifolia, Ziziphus mauritiana, Salvadora persica, Caloptropsis procera, etc.

Végétation aquatique

- Le lac contient 100 espèces d’algues (phytoplancton) - Aesschynomene elaphroxylon, Cyperus papyrus, Vosciacuspidata, Phragmites australis, Potamogeton schweinfurthii, Ceratophyllum demerum, Vallisneriaspiralis, Utricularia sp and Nymphea sp.

Végétation des zones de transition

Vertivera nigritana

Forêt riveraine

Khaya senegalensis, Mitragyna inermis, Diospyros mespiliformes., Acacia niloticus, Palmier de Doum, Hyphaene thebaica

Oasis

 

Daniella oliverie, Vitex doniana, Burkea Africana, Cassia senegalensis, Hyphaena thebaica, Acacia spp, Maerua sp., Caparis sp. Calotropis procera, Citrullus colocynthis, Phoenix dactilifera

"Dense" palm trees forest in Niger (Attari, 2006)En général, le bassin du Lac Tchad est caractérisé par une végétation clairsemée. Ici, les savanes (boisées, arbustives, herbacées), la steppe et le désert peuvent se distinguer. La végétation est fortement modifiée par l’activité de l’homme (agriculture, pâturage, approvisionnement en bois de chauffage, etc.) Cependant, ces activités humaines ne fragilisent pas seulement l'environnement, en effet d'autres actions telles que la reforestation l’améliorent plutôt.

La Faune

Contrairement à la faune du bassin du Lac Tchad qui est un milieu encore peu étudié, sa richesse et sa diversité sont réputées riches et diversifiées. Cette faune comprend des espèces telles que l'éléphant (Photo B), le lion, l’Eland de Derby, le lamantin du lac Lere, qui constituent des espèces d’une grande importance sur le plan international, et de nombreux oiseaux migrateurs, etc. (tableau B). Cependant, plusieurs espèces, telles que l'Addax, l'Oryx et la gazelle dama, ont presque disparu du bassin (CBLT, 2002). Ce qui semble aussi être le cas du rhinocéros noir.

Espèces de faune recensées dans le bassin du Lac Tchad

Groupe taxinomique

Quelques espèces retrouvées

Mammifères

éléphant, lion, girafe, Eland de Derby, cob de fassa, patas, galagos du Sénégal, hippopotame, Addax, phacochère, gazelles dorcas, guépard, buffle, Grand Koudou, Eland de Derby, mouflon, damalisques, panthère, Serval, lamantin,

Reptiles

 

Pythons, Cobra, varan du Nil, Varan

Oiseaux

 

Autruche, outardes, canards, pintades, de nombreux oiseaux migrateurs

Poissons

 

Lates niloticus, Clarias sp., Heterotis niloticus, Tilapia spp., Oreochromis niloticus, Tetraodon fahaka, Heterotis niloticus, Lates

Crevettes

 

Macrobrachium niloticus et M. rosenbengii

Amphibiens

 

Crocodile du nil

Le bétail

Le pâturage dans le bassin du Lac Tchad est caractérisé par la présence du gros et du menu bétail. Le cheptel est constitué de races de bovins, de chevaux, de chameaux, d’asins, de caprins, d’ovins, de volaille, de porcins. On souligne la présence d'une espèce de bovin rare ; « la  vache Kouri » qui est spécifique aux pâturages du Lac Tchad. Cette espèce favorise le développement des transactions au-delà des frontières nationales. Le tableau 8 représente certaines espèces élevées dans le bassin. Malgré l’importance de sa présence dans le bassin, La vache « Kouri » est en voie de disparition. Elle n'est pas seulement endémique au Lac Tchad, mais elle est aussi productrice de lait. Tandis que la production moyenne des autres espèces est comprise entre 1 et 2 litres par jour, elle affiche une production journalière de 4 à 6 litres, (Aminou Tassiou 1998).

Race de certaines espèces élevées dans le bassin du Lac Tchad

Espèces

Types

Race

Bovins

vache

Bororo, peul, arabe, Kilara, Wadara, Toupouri, Massa, Kouri

Ovin

troupeau

Arabes, Peuls Ouadah Peul Waila Kababich, Poulfouli ou Massa, Kirdimi

Caprin

chèvres

Arabe, Moussoro, Baguirmi, Kirdimi

Chameau

 

iGorane, Kanem, mahamides ou Manga, arabe ou Zebedi

Equine

chevaux

Dongolaw, Arabe Berbere, Poney du Logone

Interaction entre les caractéristiques physiques et biologiques

Il existe une grande interaction entre les différentes caractéristiques physiques et biologiques. La répartition de la végétation est fortement influencée par le relief, le type de sol et la présence de l'eau. Ainsi, il y a des zones boisées le long des cours d'eau et des oasis. La présence de l'eau est un facteur qui favorise l’implantation de l’homme dont l’activité est orientée vers la pêche, l’élevage et particulièrement la culture du maïs. Dans les zones marécageuses, on trouve généralement une végétation herbacée poussant sur un sol hydromorphe. Ces zones sont propices au développement des activités locales (pêche, élevage et agriculture). En contre saison, de verts pâturages s’offrent aux éleveurs. Inondées pendant la saison des pluies, ces plaines sont exploitées pour la culture du riz et du sorgho. L’abondance de l’activité humaine dans ces zones où la végétation et les pluies favorisent le développement d’activités agricoles, pastorales et de pêche, provoque l'appauvrissement de la flore et la dégradation des sols. L’agriculture se réalise en fonction du climat des saisons. Les semis se réalisent en fin de saison de pluies. Les récoltes (du sorgho rouge, du maïs, du niébé) se font à la fin de la saison sèche.

Problème lié à la diversité biologique

Le bassin abrite une grande diversité biologique. La flore et la faune naturelles sont très variées et sont constituées de plusieurs espèces de grande importance sur le plan international (animaux migrateurs, espèces endémiques), mais sont de plus en plus menacées par la dégradation provoquée par de longues sécheresses et l’intervention humaines non contrôlée. L’activité de l’homme sur la biodiversité cependant n’est pas toujours négative. La flore et la faune qui se trouvent dans la végétation agro forestière sont l'œuvre de l'homme. Elles contribuent à la diversité biologique. Cette activité sous-entend aussi la protection des sites menacés, qui présentent un intérêt pour les populations, et la création d'espaces protégées.

Menaces sur la biodiversité

Elephants of the Waza National Park (Fosi & Mahamat, 2005)La conservation de la biodiversité présente encore des insuffisances au niveau des pays et de la sous-région. Cette situation se manifeste par le braconnage, la déforestation, le vagabondage des animaux, la multiplication des points de pêche, etc. Les principales menaces sur la biodiversité se manifestent par :

  • La sécheresse et les inondations qui limitent la productivité des écosystèmes ;
  • L’accélération de la croissance démographique qui impose l'extension rapide des terres cultivables ;
  • Les mauvaises techniques d’exploitation compromettent les potentialités agricoles, sylvicoles, pastorales et de pêche ;
  • L’extension des zones de cultures réduit le couvert végétal et dégrade la composition biologique des zones cultivés ;
  • L’empiètement sur les zones protégées par les éleveurs et les pêcheurs mènent à leur dégradation ;
  • La réalisation de grands travaux hydrauliques perturbe le régime des eaux ;
  • L'intensification de l'abattage du bois pour des besoins énergétiques et la demande en poteaux intensifie la déforestation.
  • La surexploitation des ressources naturelles au détriment de la réglementation en vigueur compromet les efforts de conservation et de réhabilitation des écosystèmes dégradés.

Les activités de l’homme ne constituent pas seulement des menaces pour la biodiversité, elle contribue aussi à leur conservation, voire leur restauration. Entre autre la création de plusieurs espaces protégées ou en cours de création dans la région, les diverses initiatives de reforestation qui prennent effet çà et là.

Objectifs

  • La restauration et la conservation des écosystèmes dans le bassin du Lac Tchad,
  •  La conservation de la biodiversité dans le bassin du Lac Tchad,
  • La restauration, la conservation et l’utilisation durable des bio-ressources biologiques dans le bassin du Lac Tchad

Réalisations

  • Élaboration et mise en œuvre du Programme d'Action Stratégique (PAS) pour le bassin du Lac Tchad intitulé : Inversion des tendances à la dégradation des terres et des eaux dans l'écosystème du bassin du Lac Tchad.
  • Programme de développement durable du bassin du Lac Tchad (PRODEBALT) qui a coûté 60,7 millions d’UC, soit 41,84 milliards de FCFA.
  • Élaboration et mise en œuvre du Plan de gestion des écosystèmes inondables, notamment le Plan de gestion du bassin hydraulique de Komadugu Yobe, le plan de gestion du Waza Logone et plan de gestion du lac Fitri.

Liens

  • plans de gestion des écosystèmes inondables
  • Programme d'action stratégique pour le bassin du Lac Tchad