La pêche dans le Bassin du Lac Tchad

Situation initiale
Claie de séchage de poisson
Caisse isotherme
Four Chorkor

L’importance de la pêche dans le bassin du lac Tchad est reconnue depuis longtemps. Selon une étude de l’Office de la Recherche Scientifique Technique d’Outre –Mer (ORSTOM) rebaptisé Institut de Recherche pour le Développement (IRD) dans les années 70, les scientifiques  ont estimé que les captures de pêche pouvaient atteindre 180.000 tonnes de poisson frais par an sans risque d’épuisement des stocks pour les périodes hydrologiques normales.

Avec une production  de plusieurs centaines de millions de tonnes chaque année, la pêche est pratiquée dans le bassin du lac Tchad par plusieurs milliers de petits artisans et de nombreux ménages. Ils utilisent des embarcations et  des engins traditionnels sur le lac, les rivières, les plaines d’inondation.

Les pêcheurs capturent une grande variété d’espèces de poisson estimée à 176 selon une étude de l’ORSTOM dans les années 60. Une part importante des prises est soit fumée soit séchée. Ces produits rentrent ensuite dans un circuit commercial bien organisé qui s’étend jusqu’aux marchés urbains du sud du Nigéria tels que Lagos, Ibadan, Onitsha, Enugu, où le poisson fumé et séché est très prisé. On estime actuellement que le commerce des produits de la pêche génère annuellement plus de 24 millions de dollars EU soit environ 12 milliards de FRANCS CFA. En effet, cette activité procure de l’emploi, des revenus et de la nourriture à plus de 10 millions de personnes.

La pêche dans le bassin du lac Tchad est liée  aux régimes hydriques et à la répartition des eaux. Ces paramètres dépendent du climat, mais aussi des activités humaines comme l’irrigation, la construction de digues, le déboisement, etc. Ce qui l’expose actuellement à de difficultés énormes.

Actuellement le secteur bénéficie d’un appui financier de la Banque Africaine de Développement à travers le Programme de Développement durable du Bassin du Lac Tchad (PRODEBALT), ainsi que  de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT).

Situation actuelle du secteur

Cadre juridique, réglementaire et politique  du secteur de  la pêche.

Dans les quatre(4) pays (Cameroun, Niger, Nigéria, Tchad) riverains du lac, l’Etat est propriétaire légal des ressources naturelles. Les gouvernements et leurs administrations sont sensés gérer ces ressources par des politiques nationales appropriées. Ils ont souvent recours à un cadre conventionnel formé de législations et de réglementations. Les politiques nationales de la pêche mettent toujours l’accent  sur l’importance économique de ce secteur et sur une gestion durable. Cependant, dans ces pays la mise en œuvre des politiques de pêche a souvent été limitée pour des raisons financières et des difficultés de traduire les déclarations politiques nationales en systèmes de gestion  adaptés aux réalités locales.

Les systèmes d’exploitation et de gestion de la pêche.

Selon une étude réalisée par C. Béné et al en 2003, il existe trois systèmes de gestion de la pêche dans le bassin du Lac Tchad qui sont :

  • Le système traditionnel : ce sont l’administration ou les autorités traditionnelles (chefs de district, chefs  de village, chefs de pêcheurs) qui assurent le contrôle des activités par des régulations.
  • Le système moderne : ce sont l’administration ou le gouvernement central qui à travers leurs agents assurent la réglementation de la pêche.
  • Le système mixte : ce sont les autorités traditionnelles et gouvernementales qui participent à la gestion de la pêche.

Toujours selon cette même étude :

  • Le système traditionnel s’applique à 70% au Cameroun, 38% au Tchad et 33% au Nigéria;
  • Le système mixte s’applique à 30% au Cameroun, 45% au Tchad et 56% au Nigéria ;
  • Le système moderne s’applique à 0% au Cameroun, 17% au Tchad et 11% au Nigéria.

N.B. : Il faut noter qu’au moment de cette étude, le niveau des eaux dans la cuvette nord du lac est très bas. Donc les activités de pêche étaient faibles. Ce qui justifie l’absence des données sur le Niger.

Situation initialeCe qu’il faut retenir de cette étude c’est que  la gestion de la pêche dans le lac Tchad est basée essentiellement sur les systèmes traditionnel et mixte. Ce qui n’est pas sans conséquence sur les communautés vivant de l’exploitation  des ressources halieutiques. C’est ainsi que les bénéfices engendrés par la pêche profitent à une élite minoritaire formée des leaders locaux, leurs familles étendues ainsi que d’autres notables et leurs associés. C’est pourquoi malgré que la pêche génère des richesses significatives,  au moins 40 % de la population rurale du bassin s’appauvrit et les ménages les plus  pauvres souffrent de pénurie alimentaire chronique.

Objectifs

L’objectif global du développement  du secteur de la pêche et de l’aquaculture dans le bassin du lac Tchad est la réduction durable de la pauvreté des populations vivant de cette activité. Plus spécifiquement l’exploitation durable des ressources halieutiques qui prend en compte  les changements climatiques.

Réalisations

  • Organisation de deux réunions ordinaires statutaires (15, 16 et 17 juin 2011 et les 13 et 14 juillet 2012) des experts en pêche et aquaculture des pays membres de la CBLT ;
  • Organisation d’un atelier régional sur les impacts des changements climatiques sur les communautés de pêche dans le bassin du lac Tchad (15, 16 et 17 novembre 2011) en collaboration avec le département des pêches de la FAO ;
  • Vulgarisation des fours Chorkor, des claies de séchage de poisson, des caisses isothermes.
  • Ceci a fait l’objet de distribution de 35 fours, 75 claies de séchage et de 75 caisses isothermes à titre de démonstration en République du Tchad ;
  • Elaboration des plans types pour la construction de 15 débarcadères à raison de 3 par pays (Cameroun, Niger, Nigéria, République Centrafricaine et Tchad) participant au Programme et 20 antennes de surveillance  à raison de 4 par pays.Claie de séchage de poissonCaisse isothermeFour Chorkor

Les contraintes et les défis au développement du secteur

La pêche dans le bassin du lac Tchad est confrontée à plusieurs contraintes dont les principales se résument comme suit :

Les changements environnements : La réduction drastique de la superficie du Lac Tchad, constatée au cours des dernières décennies a entraîné une perturbation des superficies agricoles et une diminution de la production halieutique. En effet, la superficie du lac est passée de 25 000 à 2 500 km2 en l’espace de 45 ans et d’une profondeur de 6 m en moyenne à moins de 3 m aujourd’hui. Au rythme actuel de récession du plan d’eau, le Lac pourrait disparaître d’ici une vingtaine d’années, d’après certaines prévisions climatiques de la NASA.

Les facteurs exogènes : la pêche et le bassin du lac Tchad dans son ensemble sont menacés par d’autres facteurs d’origine anthropique tels que la croissance démographique, la déforestation, la pauvreté et les besoins alimentaires croissants ainsi que la production pétrolière à grande échelle dans un avenir proche;

La politique de pêche et la coordination : la Commission du Bassin du Lac Tchad est responsable de la politique de la pêche et de la coordination du développement de la région. Malheureusement elle manque des moyens (humain, matériel et financier)  pour relever tous les défis. Heureusement on constate te une prise de conscience des différents exploitants des ressources naturelles du bassin et en particulier des Autorités des pays membres.

Perspective

C’est ainsi qu’il a été adopté par les différents sommets des  Chefs d’Etat et des Gouvernements des pays membres de la CBLT plusieurs documents stratégiques dont entre autre la vision 2025 en 2003, le Programme d’Action Stratégique (PAS), la charte de l’eau du bassin et le Plan d’Investissement (PI) en 2012,  la Stratégie de financement autonome (en cours d’élaboration), l’organisation de la table ronde des bailleurs de fonds prévue au cours de l’année 2013, la réforme institutionnelle de la CBLT dont le rapport d’évaluation est en cours d’élaboration, le forum mondial sur le développement durable organisé en octobre 2010 à Ndjamena au Tchad sur le « la sauvegarde du lac Tchad », les plaidoyers sur le lac Tchad organisés en marge du forum mondial sur l’eau à Marseille en France en mars 2012 et celui du Brésil en marge du sommet de la terre de Rio +20 en juin 2012, etc…

En matière de politique et du cadre législatif et règlementaire sur la gestion des ressources naturelles du bassin en général et en particulier des ressources halieutiques, on constate des initiatives au niveau de chaque pays membre. Mais beaucoup reste encore à faire  pour une gestion harmonieuse. 

Actuellement la CBLT  avec ses propres moyens et l’appui des partenaires financiers a lancé plusieurs chantiers dont entre autre :

  • La construction et l’équipement de 15 débarcadères munis de fabrique de glace, de 20 antennes de surveillance;
  • La distribution des fours Chorkor, des claies de séchage et des caisses isothermes aux groupements de pêcheurs à titre de démonstration dans le cadre de la réduction des pertes après capture ;
  • La mise en place d’un système de suivi permanent des statistiques de pêche en collaboration avec le programme poisson NEPAD – FAO sur la base d’un protocole de partenariat qui sera signé;
  • La formation des groupements de pêcheurs sur le mécanisme de cogestion de pêche, le traitement et la conservation du poisson;
  • L’élaboration  du plan de gestion des pêcheries du lac Tchad  par l’approche éco systémique conformément à la recommandation de la Conférence des Ministres Africains de Pêche et Aquaculture (CMAP/A) tenue en septembre 2010 à Banjul en Gambie en collaboration avec le programme poisson NEPAD – FAO sur la base d’un protocole de partenariat qui sera signé;
  • Mise en œuvre des microprojets sur l’extraction de l’huile de poisson, la récolte et la commercialisation de la spiruline, etc;
  • La participation de la CBLT au processus sur la réforme de politique africaine de pêche et d’aquaculture coordonné par l’Union Africaine à travers son Bureau Inter Africain de Ressources Animales (BIRA);

Cet espoir est permis si toutes les initiatives en cours passent de la phase théorique à la pratique.

Liens

Pour la version anglaise du rapport sur l’atelier régional sur les impacts des changements climatiques sur les communautés de pêche dans le bassin du lac Tchad consulté le site : www.fao.org/docrep/017/i3037e/i3037e.pdf