La pollution des eaux

Une des consequences de la pollution des eaux
Photo Lacbo N'djamena
Photo Lacbo

Une des consequences de la pollution des eauxLa Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) entreprend la mise en place d’une Base de Données Régionale depuis l’année 2012. Cette BDR est le résultat de l’application du protocole d’accord signé par les commissaires de la CBLT en 2008, lors de la 54ème session ordinaire du conseil des ministres à Abuja (Nigeria), aux fins d’assurer un échange de données entre les Etats membres. Elle est organisée autour d’un Système d’Information Environnemental et socio-économique du LaCBO (SIEL), une Plateforme de diffusion de données via le site web de la CBLT (Intranet/Internet).

L’activité concernant les données sur la pollution des eaux de surface et des eaux souterraines a débuté au Tchad, considéré comme un site pilote du projet. Elle s’intègre tout d’abord dans  la gestion des risques sanitaires et chimiques, une activité de l’Observatoire du bassin du Lac Tchad (LaCBO) qui a conduit à la définition d’un plan d’action sur 5 ans dont on peut rappeler les principaux objectifs.

Objectifs

Objectif 1 : Acquérir les données de base sur les risques chimiques agricoles, risque d’inondation et risques sanitaires en disposant des premières données quantifiées;

Objectif 2 : Poursuivre et finaliser les diagnostics des ouvrages qui présentent les risques les plus importants et définir puis engager les travaux nécessaires ;

Objectif 3 : Définir et mettre en place un réseau de mesure de la qualité des eaux. Acquérir les données et présenter un bilan de la qualité des eaux à l’échelle de la zone d’étude.

Réalisations

Photo Lacbo N'djamenaDans le « Rapport d’analyse pour la révision des textes instituant la Taxe pour la Protection de l’Environnement au Tchad - (Volet : pollutions et nuisances), 1ère version produite en Août 2012 », figure une liste nationale des établissements à l’origine de sources de pollutions et nuisances.

En 2012, le Tchad comptait ainsi 1 941 366 établissements de ce type. Les régions les plus concernées sont N’Djamena (qui regroupe presque 19 % de l’ensemble des établissements nationaux), puis la région du Logone (orientale et occidentale), le Mayo Kebi est et le Tandjilé.

Si l’on ne retient parmi cette liste que les établissements considérés comme potentiellement les plus polluants, la région de N’Djamena ressort plus nettement et regroupe plus de 80 % de ce type d’établissements. Le Moyen Chari qui vient en seconde position ne représente que 6 % des établissements recensés à l’échelle nationale.

En outre, la répartition de ces industries à l’échelle nationale rend compte de l’importance de plusieurs régions localisées en amont du Logone ainsi que celle du moyen Chari. En ce qui concerne les milieux aquatiques, on peut donc considérer que le potentiel de pollution apparait dès l’amont du Logone et à partir du cours moyen du Chari.

L’ensemble des données disponibles sur les eaux de surface montre des pollutions particulièrement marquées dans le Chari, aux abords  et  dans la traversée de N’Djamena, et peut être dans le Lac Tchad. On constate que les dépassements par rapport à la grille OMS pour l’eau potable sont malheureusement bien nombreux et concernent pratiquement tous les métaux lourds. Ce constat met clairement en évidence l’incidence des rejets industriels mais aussi ceux plus diffus d’établissements de petite taille en traduisant surtout l’absence de dispositif de traitement des eaux usées avant leur rejet dans le fleuve. La situation reste plus ou moins similaire pour les localités de Moundou et de Sarh, autres pôles industrielle du pays, à la seule différence qu’elle n’intègre pas suffisamment les éléments-trace métalliques par rapport à celle de N’Djamena.

De manière générale, les analyses entreprises  rendent compte de concentrations en nitrates dont les valeurs demeurent très élevées, comprises entre 14 et 58 mg/l, alors que la valeur en « milieu naturel » est souvent proche de 10 mg/l.  Ces valeurs traduisent surtout un enrichissement important du milieu en nitrates mais aussi en phosphate,  ce qui est susceptible  de tendre le milieu vers une eutrophisation.

On note une absence de résorption des pollutions en aval de N’Djamena et pratiquement jusqu’en l’embouchure du Lac Tchad.   Mais, c’est surtout en période humides que l’on observe une augmentation significative de l’enrichissement du milieu provoqué par les phénomènes de ressuyage des zones urbaines.  Ces augmentations sont de l’ordre de +84% et +144% par rapport à la saison sèche.

Photo Lacbo Concernant  la pollution bactériologique, elle  semble nettement plus avérée sur l’ensemble du linéaire Gulendeng, Farcha et Douguia où la présence de coliformes fécaux est très marquée.

La qualité des eaux superficielles à N’Djamena peut paraître préoccupante, mais tout de même limitée. D’après certaines études (PNUD, 2000), des analyses effectuées sur les poissons au niveau du delta du Chari  indiquent clairement que le mercure et les  pesticides organochlorés restent en concentrations très faibles, loin des teneurs limites publiées par l’OMS. Aucun risque pour la santé humaine n’a donc été identifié pour les consommateurs. Par contre, On ne dispose d’aucune information sur les concentrations dans l’eau et les sédiments.

Les informations disponibles sur les eaux souterraines proviennent en grande partie de la base de données du projet BGR/CBLT dans le cadre de la coopération allemande sur la gestion durable des ressources en eau du bassin du Lac Tchad, lequel a réalisé des analyses sur environ 300 puits ou forages.  L’analyse prend en compte des données supplémentaires issues de la thèse d’Edith Kadjangaba et qui concernent plus particulièrement la ville N’Djamena.

 La pollution des eaux souterraines dans le pays est en grande partie liée à la présence d’animaux ainsi que l’absence de précautions particulières par rapport aux souillures de toutes origines. On ne peut totalement assurer que les puits réservés aux animaux ne desservent pas dans certains cas les populations locales.

Les dépassements en ce qui concerne les cations sodium, sulfates, fer et manganèse sont à attribuer au fond géochimique. Ils peuvent avoir une incidence au niveau organoleptique (goût, odeur, saveur) mais pas sur la santé (ou de façon secondaire suivant accoutumance, exemple de l’effet laxatif de la présence de sulfates).

Le cas des matières azotées est plus préoccupant. On recense 42 puits pour lesquels on constate des dépassements de la norme de 50 mg/l de nitrates. Ces dépassements peuvent être très importants. En ce qui concerne les nitrites, 72 puits présentent un dépassement du seuil de 0,2 mg/l potentiellement incident sur la santé dans le cas d'une exposition à long terme, soit une consommation d'eau fréquente. Mais 10 puits, font état de concentrations en nitrites supérieures à 3 mg/l, seuil à partir duquel des risques avérés sont notés pour la santé.

En ce qui concerne le Bore, le dépassement de la limite de 0,5 mg/l concerne 23 puits. Les dépassements de la norme la plus stricte (0,001 mg/l) sont liés au fond géochimique et n’ont aucune incidence sur la santé.

Les dégradations en Azote concernent essentiellement les puits ouverts. Les matières fécales (notamment d'origine animale) peuvent facilement pénétrer dans les puits et souiller les eaux.

Dans la ville de N’Djamena, les données rassemblées concernent les éléments-traces métalliques, dans le cadre de la thèse de E. Kadjangaba (« Etude hydrochimique et isotopique du système non saturé – nappe dans la zone urbaine de N’Djamena : impact de la pollution », 2007). Ces données présentent des caractéristiques analogues aux données BGR/CBLT. Les dépassements par rapport aux grilles OMS et UE sont là encore imputables au fond géochimique.

En matière de bactériologie, les données sont issues du « Rapport d’analyses des eaux au sud du Tchad, à N’Djamena et ses environs » (Nambatingar Ngaram », 2007). On note que tous les échantillons d’eau du robinet de la Société Tchadienne d’Eau et d’’Electricité (STEE) sont exempts de coliformes et de streptocoques fécaux du point de vue bactériologique, les traitements sont donc efficaces.

Sur tous les autres sites de distribution on relève des contaminations, cas de l’intégralité des puits et des 2/3 des eaux de pompes. Le traitement des eaux généralement opéré avant distribution aux fontaines ne semble pas toujours efficace car on note la contamination des eaux d’une fontaine sur les trois analysées.

En dehors des clients desservis par le réseau de distribution, une grande majorité de personnes consomment les eaux contaminées. C’est notamment le cas des localités de Douguia et Guélendeng où les populations consomment dans leur majorité les eaux des puits et des fleuves. Ces contaminations peuvent en partie expliquer l’apparition de certaines maladies hydriques (fièvres, typhoïdes...).

En ce qui concerne les puits et pompes, les contaminations peuvent être imputables aux apports par ruissellements et infiltrations dans la nappe (déjections humaines et animales, contact avec les eaux usées par ruissellement et ou par infiltration, germes telluriques apportés par les vents, etc….)

 

Perspective

Comme perspectives, la mise en place d’un réseau est à la fois nécessaire pour apprécier les évolutions de la qualité de l’eau mais aussi réaliser des contrôles dans le cadre de la mission de Police de l’Eau telle que définie dans la Charte de l’Eau des états membres.

La localisation des stations est fonction des sources et types de pollutions inventoriés. Pour comparer les stations mais aussi apprécier les évolutions amont – aval, il s’avère en outre important de disposer d’un nombre de paramètres suivis identiques. Les dégradations constatées et celles potentielles, conduisent à proposer le suivi des paramètres suivants :

Physico-chimie : pH ou potentiel en ions Hydrogène, température, conductivité, MES : Matières en suspension, DBO / DBO5 Demande biochimique en oxygène, O2 : Oxygène dissous, COT : Carbone Organique Total,  DCO : Demande chimique en oxygène, Nitrates, Phosphates, Nitrites.

Eléments-trace métalliques

Au minimum recherche des éléments nécessaires pour l’appréciation de la qualité par rapport aux normes de l’OMS, soit : manganèse, aluminium, arsenic, bore, baryum, cadmium, chrome, cuivre, nickel, plomb, zinc, uranium, molybdène.

Bactériologie

Microbiologie : recherche de bacilles (Escherichia coli, aeruginosa, perfringens, bactéries coliformes, nombre de colonies à 22°C et à 37°C).

Eventuellement , recherche de parasites : bilharziose, onchocercose, dracunculose…

Pesticides

La recherche doit s’orienter sur les matières actives suivantes :

Des matières actives nocives mais qui ne correspondent pas à celles les plus souvent utilisées : Profénofos, Carbendazime, 2.4 D, Carbofuran, Endrine, Lindane. On peut ajouter Carbosulfan et Endosulfan.

Les matières actives peu ou faiblement nocives mais qui correspondent à celles les plus fréquemment utilisées : Cyperméthrine, Glyphosate, Diuron et Atrazine

Ces recherches doivent concerner les eaux superficielles et les sédiments.

La localisation des pressions polluantes conduit à proposer un minimum de 16 stations réparties sur le cours du Chari et du Logone.

Logone

Intérêt

Amont Moundou Suivi de la charge polluante en amont du bassin et dans la traversée de Moundou
Moundou
Aval Moundou
Bongor aval

Station intermédiaire : évolution des paramètres.

Suivi des pollutions d’origine agricole.

Logone Birni Station intermédiaire : évolution des paramètres
N’Djamena amont « point qualité » en amont de N’Djamena

Chari

Intérêt

Amont Sarh Suivi de la charge polluante en amont du bassin et dans la traversée de Sarh
Sarh
Aval Sarh
Bousso Station intermédiaire : évolution des paramètres
Mailao Station intermédiaire : évolution des paramètres
N’Djamena amont « point qualité » en amont de N’Djamena
N’Djamena centre Suivi de la charge polluante dans la traversée de N’Djamena
N’Djamena aval
Douguia Suivi de l’évolution de la charge polluante en aval de N’Djamena
Lac Suivi lac : 3 ou 4 stations à prévoir