Les espèces envahissantes

Typha bed in the Hadejia-Nguru wetland in the Komadugu-Yobe sub basin in Nigeria
Portion of cluster of quelea birds around maga area of the basin

Les espèces envahissantes, également appelées espèces exotiques envahissantes ou simplement exotiques, est un terme de nomenclature et d’expression utilisé pour la flore et la faune et pour les processus de restauration - conservation spécifiques dans les habitats indigènes, et peuvent se définir comme suit :

  • La première définition, la plus usuelle, renvoie aux espèces venues d’ailleurs (également appelées « non indigènes » ou « externes ») et qui nuisent aux habitats et aux bio régions sur le plan économique, environnemental et/ou écologique. Ces espèces envahissantes peuvent être soit des plantes soit des animaux et pourraient perturber en envahissant une région, des zones vierges, des habitats particuliers ou périurbains par une perte naturelle de contrôle (par les prédateurs ou des herbivores). Cette définition a été adoptée par les organismes gouvernementaux et des groupes de conservation tels que l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). L'Union européenne définit les « espèces exotiques envahissantes », comme celles qui se développent, d'une part, en dehors de leur zone de répartition naturelle, et menacent la diversité biologique d'autre part. Les agriculteurs, les botanistes, les chercheurs, les horticulteurs, les écologistes et le public utilisent aussi cette définition pour désigner les mauvaises herbes.
  • La deuxième définition inclut le premier, mais également l’élargit aux espèces indigènes ou autochtones, et non indigènes, nuisibles à l’habitat ou à une surface vierge par une occupation dominante provoquant la perte du contrôle naturel (par exemple, les prédateurs ou les herbivores).
  • Une autre définition catégorise les espèces envahissantes comme espèces non indigènes répandues. Cette définition pourrait être très générale, car les espèces non indigènes ou « introduites » n’ont pas toutes un effet négatif sur le milieu autochtone. A titre d’exemple, le poisson rouge communément appelé (Carassius auratus), même répandu hors de sa zone de répartition naturelle, reste difficilement préjudiciable à un habitat naturel même en quantité importante.

Le bassin du Lac Tchad

Dans le bassin du Lac Tchad, la prévalence des espèces envahissantes est identifiée comme l'une des sept priorités environnementales régionales de l’analyse diagnostique transfrontalière (TDA). D'autres sont l’effet de la variabilité du régime hydrologique et de la présence d'eau douce, la pollution de l’eau, la viabilité régressive des ressources biologiques, du déclin de la biodiversité, de la régression et du changement des écosystèmes et de la sédimentation dans les rivières et cours d'eau.

Cependant, cette déplorable situation est particulièrement observée dans le sous-bassin Komadougou Yobe, le sous-système du Logone et Chari, et dans le lac même. Dans le sous- système KYB, il existe deux principales espèces envahissantes, le typha et le queleas. Le Logone et Chari est envahi par la jacinthe d’eau tandis que le lac lui-même est envahi par Typha et la jacinthe d’eau.

Le typha

Typha bed in the Hadejia-Nguru wetland in the Komadugu-Yobe sub basin in NigeriaLe Typha est une espèce de plante d'eau qui, dans des conditions favorables (c’est à dire dans les zones régulièrement humides et peu profondes) prolifère rapidement et peut devenir difficile à contrôler, d’où sa caractéristique d’espèce envahissante. Dans de telles conditions il envahit presque toutes les autres plantes.

L'invasion de Typha spp a autrefois été une des menaces les plus inquiétantes pour l'économie et l'écologie en particulier des zones humides de En Hadejia - Nguru et en général pour les autres parties du bassin de Hadejia - Jama'are - Komadugu - Yobe (HJKYB). Les lits de rivière, des lacs et des fadamas dans les zones humides et de nombreux potentiels hectares de terres agricoles et de pâturage ont été envahis par le Typha au cours de ces dernières années. Sur le canal Marma et le lac Nguru (une partie des zones humides de Hadejia-Nguru), par exemple l’invasion du Typha très accentuée et a envahi plus de deux tiers des terre potentiellement propices à l'agriculture et au pâturage. En revanche, il a également contribué à l'assèchement du canal de Burum Gana, où environ 60 % des exploitations agricoles irriguées en saison sèche dépérissent. En outre, l'herbe constitue un refuge pour les grandes colonies de queleas (autre espèce d'oiseaux envahissants dans le bassin) ravageurs de céréales.

Impacts

Le principal impact environnemental de l'infestation des mauvaises herbes est le blocage, et dans une certaine mesure le détournement des lits. Ce phénomène a engendré des cas parallèles de dessiccation des lits et des inondations des zones humides de Hadejia–Nguru. Les conséquences directes ont été la perte des moyens de subsistance, la pauvreté et les conflits liés à l'accès aux ressources.

Les queleas

C'est un petit oiseau granivore et un grand ravageur du sorgho et du millet qui sévit dans une grande partie de l'Afrique centrale et de l’ouest. Il se déplace en colonie pouvant couvrir jusqu’à 500 km, traversant de ce fait les frontières et donc, un support/de la coopération internationale est nécessaire pour le contenir.

Les oiseaux se déplacent souvent en colonie pouvant atteindre des millions et se nourrissent habituellement de graines, mais en l'absence de ces graines, ils attaquent les cultures principalement au stade pâteux et choisissent les meilleures graines. Les dommages causés dans des plantations individuels peuvent atteindre 100 % si aucune mesure de lutte n’est entreprise.
Toutefois, les deux céréales principalement affectées par les oiseaux font partie de l'alimentation de base de la population de la région et sont cultivées dans presque toute la région en raison de leur résistance à la sécheresse.

Impacts

Portion of cluster of quelea birds around maga area of the basinLes Queleas détruisent les cultures et entraînent de ce fait des pertes de revenus et de denrées alimentaires.

Depuis plus de quarante ans, l’utilisation des organophosphates pour la pulvérisation a été le principal moyen de les contrôler. Cependant, les oiseaux de proie, les hiboux et les passereaux ont fréquemment été victimes de cette pulvérisation. En outre, les organophosphates ont des effets négatifs sur les invertébrés aquatiques, en particulier les crustacés, c’est pourquoi son utilisation à proximité des cours d'eau est déconseillée. Les espèces non ciblées peuvent donc être  directement affectées par la pulvérisation. Même les oiseaux prédateurs, les oiseaux charognards, et même les mammifères, peuvent l’être par empoisonnement secondaire en mangeant les carcasses de Queleas qui se retrouvent parfois jusqu'à plus de 20 km du site primaire de contrôle.

Causes profondes

Comme indiqué dans le Projet d’analyse diagnostique transfrontalière du bassin du Lac Tchad (CBLT-TDA). « Le changement du régime hydrologique, qui a transformé une rivière saisonnière en rivière pérenne constitue la principale cause de l’invasion du typha dans le KYB. Cette invasion est à son tour le résultat d’une mauvaise procédure d’exploitation hydraulique et des ouvrages de prise d’eaux brute peu performants qui transportent beaucoup d'eau dans la rivière en saison sèche. Les ouvrages de prise d’eau de la ville de Kano sur la KYB, par exemple, utilise seulement 5 % des jets d’eau du barrage construit en saison sèche. Les autres 95 %, débité à une vitesse maximale de 25 millions de mètres cubes par seconde, et minimum de 10 millions de mètres cubes par seconde, provoquent en aval des inondations indésirables en saison sèche. Ce phénomène est dû à l’absence d'un système intégré de gestion des ressources en eau dans le bassin, et s’illustre par une mauvaise application des normes de la réglementation en matière d'environnement et l'absence d’un développement durable et de toute planification dans l’utilisation rationnelle des ressources naturelles telle que prévue dans  l'agenda politique. En outre, l'eutrophisation est une autre cause immédiate, en raison du manque de bonnes pratiques dans l'utilisation des produits chimiques agricoles, qui elles-mêmes sont le résultat de l'absence d'un cadre administratif de gestion des sources de pollution fréquentes en agriculture. Quant aux Queleas, ils sont devenus très préjudiciable aux cultures en raison de la dégradation et la destruction de leurs sites de pâturage par l'expansion incontrôlée des terres agricoles et de la population, provoquée elle aussi par la pression démographique et le faible niveau d'éducation et de sensibilisation sur l'environnement ».

Objectifs

  • Recenser les espèces envahissantes,
  • Encourager l'engagement régional dans la lutte contre les espèces envahissantes par un protocole sur la biodiversité et par d'autres accords régionaux appropriés,
  • Élaborer des procédures régionales pour l'étude et la gestion des espèces envahissantes et
  • Entreprendre des stratégies/approches de démonstration pilote pour lutter contre les espèces envahissantes.

Réalisations

  • Promotion de la technique de fabrication de briquettes de typha utilisées comme source d’énergie alternative et de revenus dans les zones humides de Hadejia–Nguru au Nigeria envahis par le typha.
  • Elaboration des projet de développement du Lac Tchad par l'amélioration des capacités hydrauliques de ses affluents qui impliquent une étude technique des plantes envahissantes et l'évaluation des zones envahies, des techniques d'éradication et l’estimation des coûts de leurs éradications.

Liens

  • Promotion de la technique de fabrication de briquettes de typha utilisées comme source d’énergie alternative et de revenus dans les zones humides de Hadejia–Nguru au Nigeria envahies par le typha.
  • Elaboration des projets de développement du Lac Tchad par l'amélioration des capacités hydrauliques de ses affluents qui impliquent une étude technique des plantes envahissantes et l'évaluation des zones envahies, les techniques d'éradication et l’estimation des coûts de leurs éradications.