La CBLT organise un atelier régional sur les priorités de recherche pour la stabilisation, le relèvement et la résilience

Abuja, Nigéria, 9–11 septembre 2026. La Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) a réuni cette semaine à Abuja près de 40 chercheurs, représentants d’universités, groupes de réflexion, acteurs de la société civile et partenaires au développement à l’occasion de l’Atelier régional sur les priorités de recherche pour la stabilisation, le relèvement et la résilience dans le Bassin du Lac Tchad. C’est la première fois que le Groupe de recherche du Lac Tchad (LCRG) se réunit sous ce format élargi et international.
En bref
- Quoi : Atelier régional sur les priorités de recherche pour la stabilisation, le relèvement et la résilience
- Quand : 9–11 septembre 2026
- Où : Abuja, Nigéria
- Qui : environ 39 délégués — CBLT, universités du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Nigéria, groupes de réflexion régionaux et internationaux, PNUD, ISS, BICC, UNIDIR, acteurs de la société civile et partenaires au développement
- Pourquoi c’est important : l’atelier fixe un agenda de recherche partagé pour éclairer la mise en œuvre de la RS SRR2.0 et du Programme d’Action Stratégique (PAS) du Bassin du Lac Tchad
Pourquoi cet atelier est important
Depuis l’expansion de Boko Haram dans le Bassin du Lac Tchad à partir de 2014, le conflit a déplacé au moins trois millions de personnes et en a laissé plus de dix millions dans le besoin d’une assistance humanitaire. Les États membres de la CBLT ont réagi à la fois sur le plan militaire, à travers la Force Multinationale Mixte (FMM), et sur le plan non militaire, à travers la Stratégie régionale de stabilisation, de relèvement et de résilience (RS SRR) adoptée en 2018 et récemment actualisée sous l’appellation RS SRR2.0.
Une stratégie efficace repose sur des données fiables. La CBLT a mis en place deux piliers pour y répondre : le Système d’Information du Lac Tchad (LIS), sa plateforme de gestion des connaissances, et le Groupe de recherche du Lac Tchad (LCRG), établi dans le cadre du programme PROLAC financé par la Banque mondiale. Cet atelier a été convoqué pour combler les lacunes persistantes : études redondantes, dialogue insuffisant entre chercheurs et décideurs, et une plateforme de connaissances qui n’a pas encore atteint son plein potentiel.
L’ouverture

Prononçant le discours d’ouverture au nom du Secrétaire Exécutif de la CBLT et Chef de Mission de la FMM, S.E. Ibrahim Babani, le Directeur Technique a souhaité la bienvenue aux délégués venus des universités, institutions de recherche, groupes de réflexion et agences partenaires de l’ensemble du Bassin, qualifiant cette réunion élargie d’étape importante vers un réseau de recherche régional plus connecté et plus performant.
« Le succès de nos efforts dépend de notre capacité à transformer la connaissance en action. » — Directeur Technique, CBLT, à l’ouverture de l’atelier, au nom de S.E. Ibrahim Babani
Le discours a salué l’appui de la Banque mondiale à travers PROLAC et le MCRP, qui a permis de renforcer le LIS, de formaliser la coopération universitaire à l’échelle du Bassin et d’établir le LCRG — un soutien qui a déjà permis à 15 universités publiques de bâtir une plateforme de recherche commune à l’ensemble du Bassin et de renforcer les capacités de 402 chercheurs, enseignants et étudiants dans cinq domaines thématiques prioritaires.
Ce que révèlent les données
En amont de l’atelier, la CBLT a mené une enquête institutionnelle afin de cartographier l’activité de recherche à travers le Bassin. Les résultats, présentés en séance plénière, montrent une concentration marquée de la recherche dans les centres urbains sécurisés, laissant les périphéries rurales, les îles riveraines du lac et les sites de déplacement peu étudiés.
| Résultat de l’enquête | Résultat |
| Géographie la moins étudiée | Périphéries rurales et îles riveraines du lac |
| Thème de recherche le plus négligé | Sécurité environnementale et adaptation climatique (43 %) |
| Priorité principale pour les recherches futures | Lien climat-sécurité-moyens de subsistance (46 %) |
| Principal obstacle à l’appropriation de la recherche | Résultats non traduits en notes d’orientation politique (30 %) |
L’enquête recommande un renforcement de la coordination et des mécanismes de financement, la mise en place d’un système de gestion des connaissances inclusif à l’échelle régionale, un meilleur alignement entre la recherche et les plans d’action de la RS SRR2.0, ainsi qu’une attention accrue portée à la résilience climatique.
Un regard critique sur le LIS
La deuxième journée a été consacrée au LIS lui-même. L’équipe technique de la CBLT a présenté une analyse SWOT sans complaisance, reconnaissant de réels atouts (une décennie de données centralisées sur le Bassin, un large périmètre fonctionnel et des partenariats universitaires formels) ainsi que des insuffisances assumées en matière de portée, d’actualisation des données en temps réel et d’expérience utilisateur.
Les délégués se sont ensuite répartis en quatre groupes de travail afin de traduire ce diagnostic en recommandations :
- Contenu, qualité des données et ressources de connaissance
- Expérience utilisateur, navigation et accessibilité
- Collaboration en matière de recherche et partage des connaissances
- Durabilité, gouvernance et innovation
La journée s’est achevée sur une question directrice pour la suite : « à quoi le LIS devrait-il ressembler d’ici 2030 pour devenir la principale plateforme de connaissance et d’aide à la décision du Bassin ? »
La recherche à l’échelle du Bassin
Les délégués ont présenté les avancées d’un large éventail de programmes de recherche en cours, notamment :
- L’Institut d’Études de Sécurité (ISS) — un exposé sur les tendances sécuritaires régionales, avec des recommandations sur la protection des civils, les capacités de lutte anti-drones et le partage de renseignement transfrontalier
- L’UNIDIR — son programme de gestion des sorties de conflit armé (MEAC)
- Le Prosperity and Peace Pathways Project (Université de Greenwich) — un cycle de recherche s’étendant de 2021 à 2028
- L’Université de Maroua — un aperçu de son positionnement scientifique et régional dans le Bassin
- RESILAC (Action Contre la Faim, CARE International et Groupe URD) — des études économiques transfrontalières, sur la dynamique foncière, les mécanismes de résolution des conflits, la prise en charge psychosociale et le genre
- Le PNUD — présentation du hub régional du PNUD pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre sur sa collaboration de longue date et les conclusions de la Stratégie de Développement Spatial pour le Sahel (SDSS)
- Le Pr Freedom C. Onuoha, Université du Nigéria, Nsukka — près de deux décennies de recherche sur les conflits liés aux ressources, l’insurrection de Boko Haram, la lutte contre le terrorisme et le lien climat-sécurité, y compris des travaux menés dans le cadre du programme XCEPT financé par le Royaume-Uni
D’un réseau à une institution
L’atelier a également été l’occasion de revenir sur le parcours du LCRG depuis sa réunion fondatrice du 6 septembre 2021. En quatre ans, le Groupe a tenu 12 réunions de coordination, organisé quatre forums internationaux science-politique (Abuja, Niamey, et deux fois à N’Djamena) ayant réuni plus de 100 communications scientifiques, lancé une École doctorale sous-régionale, et mis en place un Réseau des universités du Bassin formalisé par des accords signés avec la CBLT.
Le cycle du projet PROLAC touchant à sa fin, des propositions sont désormais sur la table pour ancrer durablement le LCRG au sein de la CBLT, potentiellement sous la forme d’un Conseil scientifique consultatif permanent, afin que ses travaux se poursuivent au-delà du projet qui l’a vu naître.
Perspectives
La troisième journée a été consacrée à la gouvernance : un atelier sur la stratégie de fonctionnement en réseau du LCRG lui-même, suivi de discussions sur la formalisation d’un dialogue régulier entre les centres de recherche et les décideurs chargés de la mise en œuvre de la RS SRR2.0 sur le terrain. L’atelier s’est conclu par un ensemble de recommandations consolidées et une cérémonie de clôture officielle.
Comme l’a souligné le Directeur Technique à l’ouverture de l’atelier, la recherche dans le Bassin du Lac Tchad a désormais l’occasion de servir de puissant catalyseur pour la consolidation de la paix, le développement durable et une prospérité pérenne — à condition que le réseau constitué à Abuja ce mois de septembre continue de transformer les preuves partagées en actions partagées.