L’hydrodiplomatie au cœur de la stabilité régionale : la CBLT et l’ABN organisent conjointement une conférence à Abuja
Abuja, le 28 septembre 2026 – La Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) et l’Autorité du Bassin du Niger (ABN) ont ouvert ce jour à Abuja une conférence régionale de trois jours placée sous le thème : « Hydrodiplomatie, genre et investissements majeurs au service de la paix, de la stabilité et d’une prospérité partagée dans les bassins transfrontaliers ».
La conférence est organisée avec l’appui du projet LACHAWAMA, mis en œuvre par la GIZ et cofinancé par l’Union européenne (UE) et le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).
Cette rencontre réunit deux des organismes de bassin les plus stratégiques d’Afrique, à un moment où les pressions climatiques, l’insécurité et la pression exercée sur les ressources naturelles mettent à rude épreuve les communautés des deux bassins.
Les participants comprennent des représentants des États membres, des organismes de bassin, des partenaires techniques et financiers, des structures focales nationales, des groupes d’usagers des ressources ainsi que d’autresparties prenantes. Ils examineront comment la coopération dans le domaine de l’eau et les investissements stratégiques peuvent contribuer à la paix, à la résilience et au développement dans les bassins du Niger et du lac Tchad.
Un défi commun exige une réponse commune
Déclarant la conférence ouverte, le ministre nigérian des Ressources en eau et de l’Assainissement, Prof. Joseph Utsev, a souligné que les défis auxquels sont confrontés les deux bassins ne peuvent être résolus par un seul pays. « L’eau ne connaît pas les frontières politiques », a-t-il déclaré aux participants.
Il a appelé l’Autorité du Bassin du Niger (ABN) et la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) à renforcer leur synergie opérationnelle à travers la planification conjointe, le partage des connaissances, la coopération technique et les investissements stratégiques, étant donné que les deux institutions ont des mandats qui se recoupent et font face à des défis interdépendants.
Le ministre a ajouté que, le Nigéria étant membre des deux organisations régionales transfrontalières, il lui incombe une responsabilité particulière dans la promotion de la gestion durable des ressources en eau, de la résilience climatique, des moyens de subsistance et de la stabilité régionale.
Les arguments en faveur d’une coopération plus étroite sont convaincants. Le Secrétaire exécutif de l’Autorité du Bassin du Niger (ABN), Kocou Houanye, a souligné les liens étroits qui unissent les bassins du Niger et du lac Tchad sur les plans hydrologique, socio-économique et de la résilience, quatre pays étant membres des deux organismes de bassin.
Il a présenté la conférence comme une plateforme de prévention et de gestion des conflits liés à l’utilisation des ressources naturelles.

Ouvrant les travaux de la conférence, l’Ambassadeur Ibrahim Babani, Secrétaire exécutif de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) et Chef de Mission de la Force Multinationale Mixte (FMM), a souligné que l’eau est bien plus qu’une simple ressource naturelle.
“L’eau n’est pas simplement une ressource ; elle est un vecteur de dialogue, un instrument de paix et un levier de développement. Lorsqu’elle est gérée de manière collective et durable, elle devient une source de stabilité et de prospérité partagée. Telle est l’essence même de l’hydrodiplomatie », a-t-il déclaré.”
Il a souligné que la CBLT et l’ABN, toutes deux créées en 1964, ont la responsabilité commune de promouvoir la gestion durable des ressources en eau transfrontalières et de promouvoir l’intégration régionale. L’Ambassadeur Babani a réaffirmé l’engagement de la CBLT à mettre en œuvre les principaux cadres régionaux, notamment la Charte de l’eau du Bassin du Lac Tchad, le Programme d’Action Stratégique (2023-2037) et la Stratégie régionale de stabilisation, de relèvement et de résilience.
Placer les femmes au cœur de la gouvernance de l’eau
La dimension genre constitue l’un des piliers majeurs du programme de cette année. Le Professeur Utsev a souligné que les femmes jouent un rôle central dans la gestion de l’eau, l’agriculture, la sécurité alimentaire et la résilience des communautés, mais qu’elles restent sous-représentées au sein des instances de prise de décision. Il a appelé à l’intégration des considérations liées au genre dans les évaluations techniques, sociales, environnementales et économiques des investissements transfrontaliers.
S’exprimant au nom de la Structure Focale Nationale, Mme Angela Keyede a souligné que les femmes et les groupes vulnérables doivent être véritablement représentés dans la gouvernance des eaux transfrontalières. L’un des principaux résultats attendus de cette semaine sera concret : les participants devront examiner et valider la politique et la stratégie de l’ABN en matière de genre, ainsi que la stratégie genre de la CBLT élaborée dans le cadre de son programme WASH pour le Bassin du Lac Tchad.
Mobiliser les investissements au-delà des financements publics
Les délégués ont reconnu que les ambitions doivent s’accompagner de financements à la hauteur. Le Ministre a appelé les partenaires au développement, les institutions financières internationales, le secteur privé et les autres parties prenantes à mobiliser des mécanismes de financement innovants. Il a souligné que les investissements dans la sécurité de l’eau, la résilience climatique, l’irrigation, l’assainissement, la restauration des écosystèmes, les énergies renouvelables, les moyens de subsistance et la santé peuvent générer des bénéfices au-delà des frontières nationales.
Des signes encourageants de progrès sont à relever. M. Houanye a indiqué que le taux d’exécution physique du programme PIDACC est passé de 37 % en septembre 2025 à 48,3 %. Au cours de la même période, son taux d’exécution financière est passé de 27 % à 57 %. Il a exhorté les parties prenantes à maintenir cette dynamique en vue de la mise en place d’un programme successeur de plus grande envergure, mettant davantage l’accent sur les infrastructures hydrauliques stratégiques.
S’exprimant au nom de la GIZ, qui assure la mise en œuvre du projet LACHAWAMA, Mme Hanna a présenté le changement climatique, la pression exercée sur les ressources naturelles, l’insécurité et la fragilisation des moyens de subsistance comme des défis interdépendants. Elle a souligné que ces défis nécessitent des réponses coordonnées, ancrées dans les réalités des communautés affectées.
Elle a présenté la coopération dans le domaine de l’eau comme un moteur potentiel de paix, de stabilité et de prospérité partagée lorsque les organismes de bassin, les États et les communautés œuvrent autour d’intérêts communs. Une telle approche, a-t-elle ajouté, peut générer des opportunités économiques durables, notamment pour les femmes et les jeunes.
Au cours des prochains jours, les participants passeront du dialogue à la prise de décisions, avec la validation des cadres relatifs au genre et l’identification de pistes concrètes pour des investissements conjoints. Le programme prévoit également la session 2026 du Comité régional de pilotage de l’ABN, qui examinera les performances des programmes ainsi que les plans de travail et budgets proposés pour 2027.
Pour les millions de personnes dont les moyens de subsistance dépendent des eaux des bassins du Niger et du Lac Tchad, le message d’Abuja est clair : la coopération autour des ressources en eau partagées n’est pas seulement une nécessité technique, mais aussi un fondement essentiel d’une paix durable.

















La conférence est organisée conjointement par l’ABN et la CBLT, avec l’appui du projet LACHAWAMA, mis en œuvre par la GIZ et cofinancé par l’Union européenne et le BMZ.